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Le low poly n'est pas pour moi un style graphique parmi d'autres — c'est une façon de penser la réalité. En décomposant un objet, un visage, une scène du quotidien en plans nets et tranchants, je ne le simplifie pas : je le révèle. Chaque arête devient une question. Chaque dégradé entre deux faces dit quelque chose que le réalisme tait.
Je puise autant dans la peinture ancienne que dans le banal immédiat — un objet posé là, une lumière aperçue, un tableau d'un autre siècle que je refais à ma manière. Ce va-et-vient entre hier et maintenant, entre le canonique et le trivial, est au cœur de mon travail. Tout mérite d'être regardé autrement.
Ce qui m'obsède, c'est la face — au sens propre et au sens trouble. Quand un objet se retrouve découpé en surfaces orientées, certaines d'entre elles semblent vous regarder. Un objet ordinaire acquiert une présence, presque une intention. Il interroge sa propre existence. On ne le regarde plus : on le rencontre. Et cette rencontre oblige à reculer d'un pas, à prendre la distance nécessaire pour comprendre ce qu'on voit — ou admettre qu'on ne sait plus.
Les couleurs, elles, refusent la douceur. Les séparations sont nettes, les dégradés francs, presque brutaux. C'est voulu. Il n'y a pas de flou pour rassurer le regard. Tout est posé là, clairement, et pourtant quelque chose résiste.